A la veille de l’entrée en période électorale, nous nous sommes entretenus avec Florence Coppenolle, Directrice générale de notélé en Wallonie picarde, pour savoir comment se préparait la couverture des élections pour un média de proximité et comprendre le rôle qu’il peut jouer dans un moment particulier et important de la vie démocratique.
Quand vous avez réfléchi à la couverture des élections européennes, fédérales et régionales, comment voyiez-vous votre rôle de connexion entre vos téléspectateurs locaux et ces niveaux de pouvoir qui peuvent leur paraître très lointain ?
Il est vrai que quand on vote à tous les niveaux de pouvoir, il y a une sorte de mélange des genres. Pour nous, le point le plus important est d’être le plus concret possible sur tous les enjeux et de les illustrer au regard de la réalité locale en Wallonie Picarde. Nos équipes rédactionnelles vont faire un travail pour expliquer concrètement l’impact local, par exemple si on parle de formation professionnelle ou de mécanisme de mise à l’emploi, si on parle de mesures en matière de sécurité sociale ou encore d’aménagement du territoire.
En tant que service public, nous devons faire preuve au maximum de pédagogie pour expliquer les enjeux aux différents niveaux de pouvoir et la façon dont les découpages institutionnels ont un impact sur la vie des gens. De cette manière, nous voulons ne laisser personne au bord du chemin. Nous devons illustrer ces enjeux pour permettre aux citoyens, aux téléspectateurs et aux internautes de se forger une opinion.
Les médias de proximité ont un rôle très complémentaire aux grands médias nationaux dans lesquels on verra les ténors s’affronter à coup de petites phrases. De notre côté, nous tenterons d’offrir des formats qui permettront une approche concrète et compréhensible à l’ensemble de nos publics.
Vous avez dit avant que nous commencions cette interview que notélé était une sorte de phénomène puisque les politiques percevaient l’impact de leur passage dans votre média. Est-ce que justement pour vous, c’est valorisant de savoir que vous allez couvrir les élections pas parce que vous y êtes obligé en tant que service public mais que vous voyez concrètement votre rôle ?
Les élus nous disent souvent « j’ai plus de retour des citoyens quand je passe à notélé que quand je passe à la RTBF ! ». C’est bien entendu un retour pour lequel nous sommes attentifs. De manière générale, notre ADN, notre raison d’être, c’est d’être au plus près des débats et des enjeux locaux. Et on voit effectivement que la force de notélé, c’est d’être extrêmement suivie par les 355 000 Wallons picards.
En août dernier, en amont des élections, nous avons lancé un nouveau format d’émission politique, « Politiquement (in)correct ». Il s’agit d’un programme hebdomadaire de 23 minutes diffusé en direct juste après le JT du jeudi et dans lequel un responsable politique, qu’il soit de l’opposition ou de la majorité, est interrogé par la rédaction parce qu’il a été au cœur de l’actualité pendant la semaine écoulée. Ce programme permet à cet invité de s’expliquer sur cette actualité mais aussi de mieux expliquer ses priorités et ses actions au regard de celles-ci sur le terrain local. Le format télé est complété par un format réseaux sociaux d’une minute où l’invité est mis sur le grill avec des questions auxquelles il répond du tac au tac.
Nous avons aussi un autre format, « Place publique » qui lui est mensuel. Les citoyens y interpellent en direct les élus et les représentants d’entreprises ou d’associations sur un enjeu local qui fait débat. Pour ce programme, un format 100% réseaux sociaux est également développé.
C’était important pour notélé de remettre des formats de débats et un format purement politique à l’antenne en dehors de la période électorale. Nous le faisons avec cette volonté de rendre le débat accessible à tous (en linéaire et en digital) et de travailler la forme pour le rendre attractif.
Parmi les principes du règlement élections, quels sont ceux qui vous paraissent les plus importants pour votre média ou lequel est le plus compliqué à mettre en œuvre ?
Nous ne partons pas d’une feuille blanche. Nous sommes repartis des travaux qui avaient été menés lors des périodes électorales précédentes tout en tenant compte de notre « Comité d’urgence » qui est une émanation du comité de programmation au sein de notélé. Ce Comité d’urgence est présidé par une personne extérieure à notélé et se réunit s’il y a des plaintes ou si l’un ou l’autre parti ou candidat émet, par rapport à notre dispositif électoral, des doutes ou des critiques.
Nous devons nous adapter en permanence et c’est notamment grâce à cela que nous avons pu affiner notre dispositif.
Par rapport aux dernières élections, le plus grand changement sera au niveau des formats digitaux qui ont pris beaucoup plus d’importance. Ce n’est pas forcément une complexité par rapport au règlement, mais cela veut dire que nous devons être attentifs à l’ensemble de nos canaux et faire en sorte que la rigueur soit la même pour tous les formats qui sont produits par notre rédaction.
L’aspect qui est le plus difficile pour nous, et je pense que ça doit aussi être vrai pour les autres médias, concerne les personnalités apparentées à des partis ou les fusions de listes, les nouvelles listes, qui ne sont pas tout à fait certifiées ou labellisées par rapport à des partis traditionnels. Même s’il y a un règlement, même si nous avons un dispositif électoral qui est bien clair pour chacun, parfois nous sommes pris d’un petit doute et d’un peu de flou.
Il faut pouvoir trancher et parfois rapidement. Il faut aussi pouvoir assumer s’il y a quelque chose d’imparfait et le corriger. C’est un point de vigilance permanente au sein de la rédaction.
Justement, vous avez parlé de votre Comité d’urgence. Est-ce que par rapport aux précédentes couvertures, vous avez rencontré ce genre de problème et quelles ont été les leçons que vous avez dû tirer ou les points d’attention que vous avez dû améliorer ?
Pour les « face à face » ou les séquences JT, les règles sont claires. En ce qui concerne les débats, nous avons des contingences matérielles qui ne nous permettent pas d’avoir dix, onze ou douze participants en studio simultanément.
Notre dispositif intègre donc une limitation du nombre de partis qui peuvent être présents en débat, ce qui permet aussi une plus grande lisibilité des échanges et de consacrer des temps de parole convenables aux différents participants. En 2018, pour les plus petites listes qui n’étaient pas représentées en débat, nous avons développé d’autres formules par exemple le « face à la rédaction » ; des formules qui permettent l’expression des enjeux des différentes tendances idéologiques et politiques, mais dans un cadre plus adapté.
Votre dispositif prévoit aussi une collaboration avec les autres médias de proximité hennuyers, et éventuellement avec tous les médias de proximité. A partir du moment où vous êtes ancrés localement, avec votre propre fonctionnement, comment se prépare cette collaboration ?
Au niveau hennuyer, l’accord est déjà pris et nous avons déjà une expérience lors des précédents scrutins : les quatre télévisions joignent leurs forces pour faire un débat avec des têtes de liste hennuyères à la Chambre. En pratique, nous avons un système de tournante en termes de studio, de présentation ou parfois de réalisation. Le débat est préparé en collaboration avec les quatre rédacteurs en chef. C’est une très belle opportunité de collaboration et par le passé, nous avons pu constater à quel point ce débat était de bonne tenue sur le fond et la forme.
Les rédactions discutent ensemble sur le format et sur le script de l’émission, sur les questions qui guideront les débats, les séquences produites par les différentes télévisions qui pourraient éventuellement l’alimenter.
Nous travaillons aussi au niveau du réseau des médias de proximité pour offrir des formats que chaque média pourra diffuser et partager et qui expliqueront les règles électorales en Belgique : Comment voter ? Quels sont les niveaux de pouvoir ? Que doit-on savoir sur les parlements ? Que se passe-t-il au lendemain des élections ?
Nous travaillons aussi sur un débat commun pour le niveau européen. On trouverait très intéressant d’organiser ce débat depuis le Parlement européen et de le diffuser sur les douze médias de proximité.
Nous collaborons aussi entre médias de proximité pour les soirées électorales et les dispositifs de visualisation des résultats. Nous mutualisons certains investissements.
Dans le cadre d’enjeux électoraux, le fait de joindre nos forces est totalement justifié et se fait avec beaucoup d’enthousiasme.
Dans votre dispositif, vous prévoyez aussi des « face à l’opinion » où le citoyen ou votre téléspectateur est intégré dans la dynamique.
C’est un procédé qu’on utilise déjà dans « Place publique », avec la possibilité d’intervenir directement depuis la salle ou alors d’envoyer des questions notamment via notre partenariat avec le journal « L’Avenir ». Le public peut aussi prolonger le débat d’une demi-heure avec un format pensé spécialement pour les réseaux sociaux avec des questions qui nous parviennent par ce canal.
Pourquoi ce déploiement et cet investissement également sur les réseaux sociaux ?
Pour donner l’accès au public le plus large possible. Si on se réduit au strict minimum, on risque de perdre en route toute une série d’audiences qui n’ont peut-être pas encore les codes de fonctionnement des élections.
Nous accorderons une attention toute particulière, par exemple pour les primo votants. La façon dont les jeunes peuvent être intégrés dans le débat électoral est totalement en ligne avec nos missions et nos priorités.
Nous avons la chance au niveau de notélé, d’avoir des audiences digitales très larges avec notamment notre propre App. Nous sommes également en train de revoir totalement notre site internet pour être prêts avant les élections, et pour l’orienter plus sur l’actualité. Nous maximisons nos efforts pour donner accès à chacun à une information locale de qualité.
Nous savons que nos publics nous accordent une grande crédibilité. Quand une information provient de notélé, elle est perçue comme digne de confiance par notre audience. Elle est « certifiée conforme ». Nous avons une rigueur rédactionnelle qui est extrême dans le traitement de l’information. De manière générale, pour les prochaines échéances électorales, nous devons être capables de donner le cadre. Avec rigueur et en construisant sur la crédibilité de notre rédaction et de notre média, nous souhaitons de manière attractive rendre compte des enjeux et permettre à chaque citoyen de se forger une opinion.

