Entretien avec senda mechichi sur le nouveau contrat d’objectifs et de moyens à la haica

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Pour la première fois en Tunisie, un contrat d’objectifs et de moyens a été signé entre le Gouvernement tunisien et l’Etablissement de la Télévision publique (ETT) : peux-tu nous dire quels sont les éléments importants du contrat ?  

S.M. : A mon sens, tous les articles mentionnés dans le contrat sont intéressants, mais le plus important reste l’application de ces articles dans la réalité car le contrat oblige la Télévision Tunisienne à mettre en œuvre ses mécanismes d’autorégulation au cours des trois premiers mois qui suivent la signature du contrat dans le but de préserver l’indépendance éditoriale de la télévision. Il me semble que ce contrat préserve l’indépendance effective de la Télévision Tunisienne de toutes sortes de pressions ou censure. 

N’existait-il pas déjà quelque-chose de similaire pour les télévisions privées ?  

S.M. : Oui, dans un sens, si l’on se réfère aux conventions des télévisions privées. Lesquelles conventions sont issues d’une vision commune du média et de la HAICA. Ce sont des conventions spécifiques pour chaque média en fonction bien entendu de ses particularités et de sa nature. 

Le contrat d’objectifs et de moyens et les conventions des télévisions privées contiennent des obligations communes, le média doit par exemple être un espace ouvert aux différentes tendances intellectuelles et politiques et les différents composants de la société civile. Aussi le media s’engage-t-il à ne diffuser aucun discours qui incite à la discrimination, à la haine ou à la violence. 

Ce qu’on trouve également dans les conventions des télévisions privées c’est la mention des quotas de programmation que le titulaire de la licence doit respecter, contrairement au contrat des objectifs et moyens.

Quel est le rôle de la HAICA dans ce contrat ?  

S.M. : La HAICA joue un rôle d’intermédiaire entre la Télévision publique tunisienne et le Gouvernement. Elle préside les comités d’évaluation et organise le suivi périodique grâce à son service de Monitoring. Elle veille à assurer l’indépendance éditoriale de la Télévision Tunisienne et à soutenir les mécanismes d’autorégulation. 

La HAICA veille également au respect des principes des droits de l’Homme et des valeurs contenues dans la Constitution tunisienne, ainsi qu’au respect des instruments internationaux ratifiés par la Tunisie (relativement aux questions de dignité humaine, de protection des enfants et des catégories fragilisées…). 

Enfin, elle doit garantir le fait que la télévision tunisienne soit un espace ouvert aux différentes sensibilités intellectuelles et politiques et aux divers composants de la société civile en consacrant les valeurs de la diversité politique, culturelle, sociale et économique. 

Quels sont les outils qui seraient pour vous les plus utiles pour progresser dans le travail de monitoring et de contrôle du contrat de mission et d’objectifs ? 

S.M. : Je pense que l’échange et le partage des informations entre la Télévision Tunisienne et la HAICA est l’un des outils les plus importants, et ce pour deux raisons essentielles : d’abord, c’est un moyen de fonder une bonne relation entre les deux institutions, ensuite cela facilite énormément le travail de Monitoring et aide à le rendre plus rigoureux et plus efficace.  

Les rapports d’évaluation sont en outre des outils utiles en ce qu’ils permettent à l’instance de voir les points faibles à développer ou à éviter, et les bonnes pratiques de la télévision tunisienne. 

Le service Monitoring de la HAICA travaille par ailleurs avec un logiciel HMS pour visionner tous les programmes diffusés sur les chaines Watania 1 et Watania 2, et nous venons de lancer une nouvelle plateforme dédiée exclusivement au contrôle des obligations du contrat. Nous allons par la suite procéder, grâce au formulaire déclaratif conçu pour cela, à une collecte des informations nécessaires auprès de l’Etablissement de Télévision Tunisienne qui nous aidera à compléter l’élaboration du rapport d’exécution de ce contrat.   

Pendant plusieurs mois, vous avez participé à un atelier de partage d’expérience avec le CSA. Quels sont les outils, les pratiques qui vous ont spécialement intéressée ? 

S.M. : Le projet du Jumelage a été très bénéfique pour moi, j’estime avoir assisté à 80% des ateliers. Le partage d’expériences HAICA-CSA nous permet de découvrir les approches et les outils de fonctionnement d’autres instances avec leur propre réalité et pratique de la régulation. Les ateliers et les rencontres de partage avec les membres du CSA ont été du plus grand intérêt à mon sens, d’autant que le Conseil belge a déjà une expérience de 20 ans en matière de régulation, de recherche et de Monitoring des médias. 

Avec la progression de l’épidémie de Covid-19, nous avons tout de même pu continuer nos ateliers à distance et le partage quotidien des différents détails de l’avancement du projet. Pendant ces ateliers, le partage s’est déroulé essentiellement sous la forme d’une présentation générale de l’expérience CSA avec un échange de questions entre les participants, en particulier sur le modèle tunisien et toutes les spécificités qu’il recouvre. Tout ce travail a donné lieu à la conception et la mise en place d’une grille d’analyse appropriée par rapport au contrat d’objectifs et de moyens de la Télévision Tunisienne. Cela nous a permis d’avoir une bonne gestion du lancement du projet sur le plan de l’analyse effective. 

Par ailleurs, nous avions lancé l’année dernière une étude sur la représentation des mineurs à l’écran encadrée par Mme Joëlle Desterbecq en suivant la même méthodologie que celle de l’étude réalisée au CSA. La deuxième étude, menée avec M. Paul-Eric Mosseray, porte sur le contrôle des obligations et la mise en place d’une méthodologie qui répond aux obligations du contrat et à la spécificité du paysage médiatique tunisien. 

Ces derniers mois, vous avez lancé le 1er monitoring de contrôle avec une petite équipe de la HAICA. En quoi cela consiste-t-il ? Comment avez-vous procédé pendant le confinement ?  

S.M. : Nous avons démarré le projet le 17 mars 2020, c’est-à-dire en plein pic de l’épidémie de covid-19, c’était le premier jour de travail à distance. L’équipe du projet se compose de 5 Moniteurs/Monitrices, nous avons d’abord procédé à l’organisation des réunions par Skype et Google Meet pour mieux expliquer et comprendre tous les détails de la méthodologie. 

Nous avons commencé par un mapping des deux chaines publiques Watania1 et Watania 2 sur fichier Excel, afin d’avoir sous la main toutes les obligations du contrat. Je ne vous cache pas que ça a été une période délicate pour nous dans la mesure où nous étions tous confiné.e.s à la maison avec ce travail fastidieux et détaillé à réaliser. Nous sommes heureusement une équipe professionnelle et engagée, nous avons réussi à gérer ce challenge et à réaliser un excellent travail. 

Enfin, au début du mois de septembre 2020, nous avons lancé le 2ème projet du contrôle avec une plateforme électronique encore mieux développée pour continuer le travail et faciliter davantage toutes les phases de l’analyse. 

Senda Mechichi est responsable de projet Monitoring à la HAICA.

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