Les régulateurs œuvrent ensemble pour baisser votre facture télécoms

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Entretien Olivier Hermanns, Unité « Distributeurs & Opérateurs » du CSA.

Lorsque vous payez votre facture télécoms, la facture vous fait parfois grimacer. Le public averti pourra aisément constater que chez nos voisins, comme en France par exemple, les packs sont nettement moins chers. Pour quelles raisons la facture est-elle plus salée chez nous ? Un maître mot pour répondre à cette question, la concurrence… Ou plutôt, le manque de concurrence des opérateurs télécoms en Fédération Wallonie-Bruxelles. Ce constat avait été épinglé par les régulateurs belges[1] en 2011 lors de la première « analyse de marché » : un document bien fourni de plusieurs centaines de pages dont l’objectif premier est d’évaluer l’état du marché des télécoms et de mettre en place des mesures concrètes pour stimuler la concurrence dès lors qu’elle serait insuffisante. Conclusion de 2011, il n’y a pas assez d’opérateurs. Réponse des régulateurs : les opérateurs historiques devront « louer » leurs infrastructures à d’autres opérateurs pour stimuler la concurrence et donc, à terme, la baisse des prix des pack télécoms et la création de nouveaux services. C’est ce qu’on appelle « l’ouverture du câble ». Une nouvelle analyse de marché vient d’être finalisée par les régulateurs. En 2018, l’état du marché des télécoms reste trop faible en termes de concurrence. Comment ces mesures imposées par les régulateurs pourront-elles soulager le portefeuille des consommateur.trice.s ? Eléments de réponse avec Olivier Hermanns, conseiller juridique au service « Distributeurs & Opérateurs » du CSA.

Quel est l’intérêt de stimuler la concurrence entre les opérateurs télécoms ?

Une saine concurrence sur un marché donné représente la base pour garantir la création de services compétitifs, innovants et variés. Pour un marché aussi important pour les citoyen.ne.s que celui des télécoms, il est donc important de mettre en place toutes les mesures possibles pour la stimuler. En Belgique, il y a du chemin à faire pour résoudre le problème de faible concurrence du marché. Résoudre ce problème, c’est aussi garantir une diminution de prix et assurer l’innovation. Bref tout ce qu’on attend d’un marché concurrentiel. La concurrence peut produire divers effets dont la baisse des prix, mais aussi l’amélioration de la qualité des services proposés. Certains vont offrir une meilleure vitesse de téléchargement, d’autre un décodeur plus performant, un meilleur service SAV, etc.

Comment régule-t-on le secteur ?

C’est le marché du « détail » et donc le prix que paye les consommateur.trice.s qui est le plus impacté quand la concurrence n’est pas assez forte dans un secteur. Les régulateurs eux, vont essayer d’agir et de réguler le marché de « gros », autrement dit, ce que payent les opérateurs télécoms pour mettre en place leurs services. Si on parvient à créer les conditions permettant à de nouveaux opérateurs d’entrer sur le marché de gros, par exemple, en imposant aux opérateurs historiques de louer leur infrastructure à des opérateurs alternatifs pour un tarif raisonnable, on peut s’attendre à ce que ces opérateurs alternatifs apportent une nouvelle dynamique sur le marché de détail : baisse des prix, innovation, qualité de service.

Pourquoi le contexte concurrentiel est faible sur le marché belge des télécoms ?

Il y a surtout des barrières qui empêchent de nouveaux acteurs d’entrer sur le marché.

Premièrement, le marché des télécoms ; c’est avant tout la mise en place d’infrastructures lourdes.  Ces infrastructures existent déjà, car ce sont les opérateurs historiques qui ont investi dans le passé avec le soutien des pouvoirs publics. Un nouvel entrant n’est pas en mesure de reconstruire tout un nouveau réseau pour proposer un service. Il est donc coincé à l’entrée et est contraint de s’installer sur un réseau câblé qui appartient par définition à un concurrent. C’est ici que le régulateur intervient et impose depuis 2011 aux opérateurs historiques de « louer » leur infrastructure à bon prix pour les nouveaux entrants sur le marché. Sans cette régulation, les opérateurs historiques auraient évidemment moins d’intérêt à louer leurs infrastructures à des concurrents…

Enfin, on constate qu’en Belgique, le taux d’attrition est très bas. Cela veut dire qu’il y a peu de gens qui changent d’opérateurs. Un client qui veut changer d’opérateur peut rencontrer des complications techniques et administratives qui vont le dissuader de changer trop souvent d’opérateur. En bref, les opérateurs ont du mal à gagner un client, mais ils le gardent en revanche très longtemps, aussi parce qu’ils proposent des packs complets (internet, téléphonie fixe et mobile, télévision). En moyenne, 12% des ménages qui n’ont pas de services groupés résilient chez un opérateurs pour aller chez un autre. Pour les clients qui ont un abonnement triple ou quadruple play, ce pourcentage baisse jusqu’à 5%. Dans ce contexte, il est d’autant plus difficile pour un opérateur alternatif d’entrer sur le marché et de conquérir une véritable clientèle.

Est-ce que les prix des offres télécoms sont plus élevés en Belgique ?

Les prix sont comparativement plus élevés en Belgique. Si on prend l’exemple du 3play dont disposent 83% des ménages en Belgique (Internet haut débit, téléphonie fixe et télévision), la Belgique est plus chère que ses voisins. Notre pays occupe l’avant-dernière place par rapport à la France, l’Allemagne, les Pays-Bas et le Luxembourg. Quand on nous compare avec les pays limitrophes, il faut cependant évidemment avoir égard aux performances qui sont offertes et les qualités de services, qui sont bonnes chez nous de l’avis général. Mais il faut aussi prendre en compte le pouvoir d’achat des Belges au regard des pays voisins. Si les tarifs sont similaires dans des pays où les populations ont des pouvoirs d’achat très différents, il faut aussi en tirer les conclusions. Si vous payez votre abonnement le même prix au Luxembourg et en Belgique, il semble clair que la facture sera perçue comme nettement moins salée chez nos voisins grand-ducaux.

[1] IBPT, CSA, VRM, Medienrat.

 

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