Karim Ibourki : Un mandat au cœur de dossiers décisifs pour la régulation de l’audiovisuel  

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Karim Ibourki a été nommé Président du CSA en fin d’année 2017. 8 mois plus tard, son bureau semble encore en cours d’aménagement. Il faut dire que le Président fraîchement désigné n’a pas eu le temps de refaire la déco. Il est arrivé dans une période charnière pour l’instance de régulation, avec des dossiers brûlants qui s’accumulaient en fin d’année. Tant pour le secteur que pour le régulateur, 2017 restera sans doute l’une des années de transition les plus importantes de cette dernière décennie. Depuis le plan de fréquences FM de 2008, jamais une année n’avait mis sous les projecteurs autant de projets majeurs pour notre paysage audiovisuel. La préparation de la nouvelle analyse de marché, du futur plan de fréquence à la fois en FM et en DAB+, le rapatriement des plaintes RTL, la finalisation de la nouvelle directive européenne sur les services de médias audiovisuels, le nouveau contrat de gestion de la RTBF, l’arrivée de TF1 sur le marché publicitaire belge, ou encore le projet de révision du décret coordonné sur les services de médias audiovisuels. 2017, c’est l’année où les architectes ont dessiné les plans juridiques, politiques et régulatoires du paysage audiovisuel de demain… Rien que ça. Un petit point s’impose avec Karim Ibourki.

 

 

Nous sommes aux portes de l’été, l’année 2017 a été intense pour le régulateur. Quel bilan tirez-vous de ces 8 premiers mois de mandat ?

 

On commence doucement à voir le bout de certains dossiers qui ont, pour certains, impliqués le CSA durant des mois voir des années. Je pense à l’analyse de marché ou encore à la révision de la directive SMA. Dans quelques semaines, la nouvelle analyse de marché sera d’application pour les distributeurs de services. Elle aura un impact positif pour les consommateur.trice.s. Pour vous donner une idée, nos services ont dû écrire, négocier et débattre des centaines de pages d’analyse rien que pour ce dossier.  À l’heure où l’on discute, la nouvelle directive SMA a fait l’objet d’un accord au niveau des institutions européennes. Cette directive est d’une importance capitale pour la régulation du secteur car elle doit permettre aux régulateurs européens de s’adapter aux évolutions du secteur audiovisuel et des marchés de plus en plus ouverts.

 

 

En octobre dernier, votre prédécesseur a dit que la régulation de l’audiovisuel doit s’adapter ou disparaître. Après 8 mois de mandat, vous êtes d’accord avec cette vision ?

 

Je pense qu’il s’agit même de l’enjeu majeur de la régulation. Le secteur évolue toujours plus vite que le régulateur. Les nouvelles technologies qui touchent l’audiovisuel se propagent et les lois se négocient. La régulation doit donc toujours s’adapter, mais il est vrai que l’année 2017 est une période charnière qui a cristallisé cette nécessité.

Quand vous avez un TF1 qui s’installe sur notre marché publicitaire et qui s’apprête à absorber une part du gâteau, il est normal qu’il soit soumis aux mêmes règles que les éditeurs locaux, notamment en termes de contribution à la production. Quand un RTL Belgium prétend relever du droit luxembourgeois et réclame dans le même temps un accès aux fonds audiovisuels de la Fédération Wallonie-Bruxelles parce que TF1 risque de lui prendre une partie de ses ressources, on voit à quel point il est important de retrouver un cadre cohérent et juste pour tous les acteurs. Certains voudraient présenter la régulation comme un combat d’arrière-garde, un instrument dépassé, mais il faut se rappeler qu’à l’origine, la régulation est un instrument abouti de la démocratie au service des citoyen.ne.s, mais aussi des acteurs de l’audiovisuel. La régulation doit s’adapter, mais elle ne disparaîtra pas dans nos sociétés démocratiques. Elle trouvera simplement son chemin qui est fait de discussions avec le secteur mais aussi d’application du droit.

 

 

Quel est le chemin que la régulation doit prendre ?

 

L’affaire TF1 a mis en exergue la nécessité de repenser le cadre législatif, notamment au niveau européen. Et ça tombe bien, puisque TF1 a débarqué à l’aube de la nouvelle directive SMA. Durant de longs mois, nos services ont bataillé pour mettre en lumière les incohérences et les problèmes spécifiques à la FWB au sein des groupes de travail européen. Les politiques belges en charge des matières audiovisuelles ont également fait entendre les spécificités de notre territoire. Aujourd’hui, un accord a été trouvé entre les institutions européennes et il semblerait que notre voix ait été entendue. Il sera plus simple désormais de régler, notamment, des situations comme celle de TF1. La législation européenne intègre enfin les Netflix et consorts qui, depuis plusieurs années, pénètrent notre marché. Il est parfaitement normal que de nouveaux services habitent désormais notre paysage, mais il faut des règles applicables à tous.

 

 

Durant cette période de transition importante, votre mission sera de bien tenir le gouvernail. Aurez-vous le temps de mener d’autres projets pour le CSA ?

 

Dans la foulée de la modification décrétale de 2016 qui confie un rôle accru au CSA en matière d’égalité femmes-hommes, le Bureau du CSA a fait du sujet une de ses priorités pour l’avenir. Nous allons donc utiliser notre expertise et nos baromètres de la diversité pour faire avancer cette cause.  Dans le cadre de la révision du décret SMA le Gouvernement nous demande également un rapport régulier sur la notion de pluralisme.

Ces marques de confiance dans notre travail nous réjouissent mais apportent également un surcroit de travail pour les équipes. Si la régulation est adaptée, les moyens dont nous disposerons devraient l’être tout autant.

 

 

Pour vous, le CSA n’est pas qu’un organe administratif qui applique un décret ?

 

Faire appliquer les règles est une chose, impliquer tout un secteur pour permettre de réelles évolutions qui répondent aux attentes de toutes et tous, y compris les consommateur.trice.s, c’est clairement autre chose. Nous prenons cette direction. Nous rassemblons le secteur au sein du  Collège d’avis pour débattre de sujets majeurs comme le pluralisme ou l’accessibilité. Nous ne sommes pas que les gendarmes de l’audiovisuel qui attendent sagement d’ouvrir des instructions quand c’est nécessaire. Nous sommes une instance qui accompagne le secteur, les consommateur.trice.s et qui désormais, est reconnue pour son expertise. Rien que l’année dernière, nous avons publié deux études, l’une sur la place du tabac dans les fictions, l’autre sur la place et les représentations des femmes dans les fictions. Nous venons de publier un double baromètre sur la diversité dans les programmes télévisuels et dans la communication commerciale. Il y a aussi tout le travail qui est mené au sein des divers organismes internationaux : l’ERGA, L’EPRA, le REFRAM, ce travail implique la mobilisation de ressources importantes qui permettent à la Fédération Wallonie-Bruxelles de faire avancer les valeurs et les principes qu’elle défend.

 

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