Quel sera le traitement électoral de la RTBF ?

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La politique passionne les téléspectateur.trice.s ! Et pour preuve, la journée et la soirée électorale des élections législative et fédérale de 2014 avaient rassemblé plus de 1.300.000 téléspectateur.trice.s sur la Une. En période électorale, les éditeurs voient leurs audiences grimper en flèche et c’est tant mieux pour le débat démocratique. Si nos grands médias couvrent largement cette période clé, la manière dont ils traitent les sujets politiques et offrent de de la visibilité aux partis impacte nécessairement leurs publics et le choix futur des électeur.trice.s. À la RTBF, on n’a pas attendu qu’un règlement électoral soit imposé aux médias avant de réfléchir sur certains principes. La question du cordon sanitaire médiatique préoccupait l’opérateur historique depuis de longues années. La RTBF fut d’ailleurs à l’origine des premières réflexions désormais reprises dans le règlement applicable pour tous les éditeurs. Coup de zoom et projets futurs de la RTBF sur le traitement électoral avec Jean-Pierre Jacqmin, directeur de l’info.

 

La RTBF, c’est un acteur historique avec de l’expérience pour traiter les sujets politiques. Sur la question délicate du cordon sanitaire, quelle est la politique appliquée par la RTBF ?  

 

Nous n’aimons pas utiliser ce mot, on parle plutôt du respect des règles et des lois, et spécialement des principes démocratiques fondamentaux, parce qu’en réalité, le cordon médiatique repose sur des principes repris par la loi et qui interdisent à toutes et à tous de porter atteinte aux valeurs fondamentales de la démocratie, dont celle d’égalité dans la jouissance et l’exercice des droits humains fondamentaux. Dans ce cadre-là, nous avons mis au point un système défendable en droit, un dispositif qui fait que nous ne donnons pas la parole en direct et en débat à des représentant.e.s, candidat.e.s et militant.e.s de partis non respectueux de ces principes fondamentaux de la démocratie, et notamment, des partis qui ont un programme, des propos et/ou des actes racistes et xénophobes contraires à la loi Moureaux. À partir de référents simples, sur la base des programmes des partis et de leurs publications, on peut généralement identifier assez clairement ce qu’est un parti liberticide.

Si le cordon sanitaire médiatique est aujourd’hui élargi à l’ensemble des médias en Fédération Wallonie-Bruxelles, c’est à la RTBF que les choses se sont d’abord construites. Sur base de réflexion avec les meilleurs politologues de l’époque, nous avons installé le cordon médiatique chez nous, après le raz-de-marée du Vlaams Blok aux élections de 1991. Ce n’était clairement pas facile au début.  Nous avons eu plusieurs recours en justice et, après avoir perdu le premier, qui nous a obligé à diffuser une tribune pour le front National, depuis 1999, la RTBF n’a plus jamais perdu, car la ligne éditoriale sur laquelle repose ce cordon sanitaire médiatique est fondée sur le droit et a été confirmée clairement par une importante décision du Conseil d’Etat de 1999.

 

Et concernant les petites listes qui n’entrent pas dans le cordon sanitaire ? Quelle est leur place à la RTBF ?

 

Nous voulons assurer pour nos publics le pluralisme le plus élargi possible et rendre visibles des hommes et des femmes qui vont exprimer leur idées, débattre en eux, pour permettre aux électeur.trice.s de se forger une opinion. C’est en cela que la représentativité des partis est fondamentale, surtout pour un média d’information comme le nôtre.

Il y a 20 ans, on n’entendait jamais parler des petites listes dans les débats ou les tribunes. Les médias se fixaient comme objectif de mettre en lumière les programmes des partis dit « traditionnels ». Au fur et à mesure, la RTBF a entamé un travail pour élargir ce critère qui ne tient plus aujourd’hui et nous avons agrandi l’espace pour ces partis émergents. Nous continuerons à le faire lors des prochaines élections. Ces dernières années, nous avons précisément mis l’accent sur la visibilité de ces petites listes, tantôt dans des tribunes, tantôt dans des interviews, tantôt dans des débats. Ces petites listes qui peuvent dans certains cas avoir accès aux tribunes et aux débats, en fonction de divers critères objectifs dont, ceux de liste complète, de liste se présentant dans plusieurs provinces ou communes, de présence régulière à des scrutins antérieurs, de présence d’élus, de personnalités qu’elles accueillent…

 

Comment les élections seront-elles traitées à la RTBF ? Evolutions en vue ?

 

Les électeur.trice.s sont nettement plus dubitatifs qu’avant. Je remarque une chose importante, c’est qu’avec les plateformes de proximité comme Facebook qui livrent un flux d’informations non traitées, il est fondamental de ne pas déconnecter les gens de la politique. Même si nous sommes un service actif sur l’ensemble de la Fédération Wallonie-Bruxelles et au-delà grâce à Auvio, nous devons impérativement nous rapprocher des citoyen.ne.s, surtout en période électorale. Nous disposons aujourd’hui d’un budget pour mettre en place un dispositif électoral qui ira dans ce sens.

À l’intérieur de ce cadre, nous faisons également confiance à la créativité des journalistes. Lors des élections 2014, nous avions par exemple proposé un « votomaton » pour enregistrer les témoignages et idées des citoyen.ne.s là où ils se trouvent. La manière de traiter les débats politiques évolue également. En 2014, 430 candidat.e.s ont pu s’exprimer lors de débats politiques organisés par la RTBF. Le débat sera toujours au rendez-vous, mais nous voulons de plus en plus nous rapprocher de la réalité des citoyen.ne.s. C’est aussi pour cette raison que, dès 2018, la RTBF veut renforcer sa collaboration avec les télévisions locales.

 

Comment allez-vous assurer l’équilibre entre les femmes et les hommes dans le traitement des prochaines élections ?

 

C’est un défi pour les politiques d’abord mais aussi pour les médias. Il ne faut pas s’en cacher. Dans le passé, nous avions décidé d’imposer une femme et un homme lors de nos débats avec les têtes de liste des partis. Résultat :  on s’est retrouvé avec 80 % d’hommes au final. Cette situation ne peut plus se reproduire à l’avenir. Ce nouveau principe du règlement du CSA pourrait même devenir une réflexion prioritaire pour la RTBF lors des prochaines élections et s’intégrer pleinement dans le dispositif que notre conseil d’administration devra adopter.

Je tiens à rappeler une chose : contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce ne sont pas les partis qui imposent leurs candidat.e.s à la RTBF, c’est la RTBF qui invite ! Dès l’instant où notre rédaction souhaite cette parité entre les femmes et les hommes, elle devra se donner les moyens de le faire. Il est donc possible d’exiger cela, Mais, c’est aux partis d’abord qu’il appartiendra de placer des femmes et des hommes en tête de liste de manière équilibrée sur l’ensemble des provinces et des communes couvertes par le scrutin d’octobre prochain.

 

Les réseaux sociaux intègrent désormais le règlement élection. Comment allez-vous gérer vos réseaux sociaux en période électorale ? la RTBF compte plusieurs centaines de pages sur les réseaux sociaux : est-ce que cet élargissement du règlement représente un défi pour vous ?

 

La manière dont on utilise les réseaux sociaux a un impact important sur les citoyen.ne.s. Je dois reconnaitre que nous sommes relativement démunis face aux algorithmes qu’utilisent ces réseaux. Pour l’instant, c’est aussi une source d’investigation de notre part. Notre volonté est de fournir de la matière qui permet de se forger une opinion. La crainte serait que nos publics se retrouvent confinés dans un environnement et que les algorithmes de Facebook limitent notre travail de représentativité. Nous diffuserons nos contenus en appliquant les mêmes principes que sur nos autres canaux de diffusion. Ces réseaux représentent un véritable défi pour les médias, à tous points de vue. Pour l’instant, la RTBF expérimente ces réseaux. Il ne faut pas oublier que nous disposons aussi d’une plateforme qui répond aux mêmes enjeux de recommandation, Auvio.

Je peux déjà vous dire une chose, c’est que contrairement à Facebook, les algorithmes d’Auvio seront pensés comme des recommandations d’ouverture et non de fermeture. Nous chercherons à ouvrir le plus possible les contenus pour que les utilisateur.trice.s puissent avoir accès à un ensemble de sujets variés et ne soient pas toujours exposés aux mêmes types de contenus. En période électorale, la logique d’un algorithme de ce genre aura tout son sens !

 

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