Élections : assurer l’égalité femmes-hommes et la diversité d’origine

AJP

Une des nouveautés du règlement est de promouvoir davantage d’égalité entre les hommes et les femmes, et de diversité, dans le traitement de l’information en période pré-electorale. Mais comment mettre en œuvre cette disposition ? Nous avons posé la question à Martine Simonis, secrétaire générale de l’Association des Journalistes professionnels (AJP) et membre du collège d’avis du CSA.

Comment les éditeurs de services audiovisuels peuvent-ils répondre au nouveau prescrit portant sur l’égalité et la diversité ?

Les éditeurs de radios et télévisions, ainsi que leurs sites et réseaux sociaux, devront faire preuve de volontarisme et de pédagogie. Volontarisme d’abord : dans les règles qu’ils vont élaborer en concertation avec les rédactions pour la couverture des élections. Il serait utile qu’ils prévoient des dispositions particulières pour les questions d’égalité :  composition paritaire des panels politiques, alternance organisée des candidat.e.s envoyé.e.s par les partis aux débats ou interviews, … Il faut d’abord, dans chaque média, être convaincu de l’importance de ces questions et se fixer une quasi obligation de résultat : viser la parité, viser la diversité, telles qu’elles sont présentes dans notre société. Mais ce n’est pas le plus simple à réaliser car les décisions ne dépendent pas toutes des éditeurs. Les états-majors des partis envoient en effet « leurs » candidat.e.s aux émissions pré-électorales. Mais c’est là qu’intervient la nécessité de pédagogie : argumenter et persuader les partis pour qu’ils évitent, comme c’est généralement le cas, d’envoyer des « hommes blancs de 50 ans » à tous les rendez-vous médiatiques.

Comment sensibiliser les partis ?

Plus de femmes, plus de jeunes, plus de personnes issues de la diversité d’origine : les médias doivent présenter aux interlocuteurs politiques cette nouvelle recommandation comme une quasi obligation. Dans la formulation de leur dispositif, il ne faut pas que cela ressemble à un vœu pieux, mais bien à un objectif à atteindre en lien avec leur responsabilité sociétale et de citoyenneté. Si des partis refusent de jouer le jeu, je pense qu’il faut le dire sur antenne. Et si on a à nouveau des panels de candidats composés d’hommes uniquement, il faudra que le média explique pourquoi il n’a pas pu diversifier, et ce qu’il avait fait pour éviter cela. Pointer les questions d’égalité et de diversité comme des enjeux importants, les médiatiser et expliquer au public les démarches qui ont précédé l’émission, autant de pistes qui feront, on l’espère, réfléchir les partis à adapter leurs pratiques ancestrales. On sent une partie du public très réactive sur ces questions – et à raison ! Les baromètres du CSA comme ceux de l’AJP l’ont montré : si une attitude volontariste ne se fait pas jour, l’inertie et les « routines » (des rédactions, des partis) aboutiront à gommer les femmes et les personnes issues de la diversité d’origine. Mais je suis confiante du côté des médias : le groupe de travail qui a précédé l’élaboration du règlement a clairement indiqué que ces questions ne pouvaient plus être ignorées comme par le passé.

Comment aboutir à des résultats concrets ?

Il sera utile, pour les médias qui peuvent dégager des moyens, de mettre en place un monitoring de la diversité et de l’égalité dans les programmes électoraux. Un système de comptage qui permettrait d’objectiver dans quelle mesure les questions d’égalité et de diversité ont pu être intégrées au final. A défaut, on restera sur des impressions et des intuitions. Idéalement, ce monitoring devrait aussi permettre de cerner les raisons d’un éventuel échec en la matière. Et d’informer le public sur les « scores » de diversité/égalité réalisés dans les programmes. Puis de pointer, le cas échéant, les partis qui n’auraient pas joué le jeu.

Autre obligation du règlement : recourir à des journalistes professionnels. Pourquoi est-ce nécessaire selon vous ?

L’obligation n’est pas neuve mais certaines petites radios indépendantes, notamment, la trouvaient trop lourde. Heureusement, le règlement l’a maintenue. Il est important qu’il y ait un regard de professionnels de l’information sur les questions liées à l’information électorale. En outre, ces petits éditeurs ne sont pas obligés de salarier un professionnel. Ils peuvent avoir recours à des journalistes indépendants. On les trouve, par exemple, sur le répertoire de www.journalistefreelance.be, un outil que l’AJP a mis à disposition du public et des médias qui recherchent des journalistes spécialisés.

Le cordon sanitaire est également maintenu…

Oui, et l’AJP s’en réjouit. C’est peut-être un mécanisme atypique dans le paysage médiatique européen (voyez la France et la Flandre par contre-exemple), mais nous pouvons être fiers de cet engagement des médias dans la lutte contre les extrémismes. Juste rappeler qu’il s’agit de ne pas ouvrir les antennes en direct aux partis liberticides. Mais que rien n’empêche d’en parler et de faire à leur sujet un travail journalistique d’enquête et de décryptage. Ce qui est peut-être le meilleur service à rendre aux électeurs !

 

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