ZIN TV : la télévision de l’alternative

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  • Zin TV est une WebTV collaborative qui se pose en trait d’union entre le tissu associatif et les citoyens.
  • Son équipe couvre l’actualité au-delà de tout formatage et mène une réflexion continue sur l’indépendance des médias.
  • Rencontre à Bruxelles avec Anne-Sophie et Ronnie, bénévoles à temps partiel.

 

Notre constat de départ, c’est que les  fenêtres de diffusion pour les contenus audiovisuels produits par les mouvements alternatifs sont insuffisantes. Il y a là une mine d’or de programmes pas ou peu exploitée par les télévisions traditionnelles. On investit donc ce créneau. En parallèle, Zin TV produit aujourd’hui des reportages, des documentaires, des débats d’actualité… Une offre qui s’enrichit aussi d’échanges avec des médias étrangers en phase avec notre philosophie.

 

Votre philosophie ?

Nous voulons émanciper l’information du prisme déformant des médias généralistes.

 

C’est-à-dire ?

Prenons l’exemple d’une grève. Au J.T., l’angle journalistique choisi est systématiquement celui des inconvénients pour les usagers. On voit quelques syndicalistes remontés. Des vareuses colorées. Des calicots. Des navetteurs pas contents. Des pains saucisses… Et je caricature à peine… Le fond des revendications, pourtant légitimes, est la plupart du temps sacrifié. On loupe le débat public. Et c’est un mal généralisé.

 

Les journalistes audiovisuels sont trop formatés ?

Clairement. Après, je les comprends, ils produisent dans l’urgence parce que leur rédacteur en chef veut du scoop, ils ont constamment à l’esprit le plus petit dénominateur commun de l’audience, ce qui nivelle leur ambition de vulgarisation, ou pire, les pousse au sensationnalisme. Et puis, comment voulez-vous résumer des thématiques complexes en trois minutes chrono ? La seule solution, c’est d’appliquer des recettes toutes faites… Ce formatage impacte tous les aspects du média télévision. Regardez les images stéréotypées qu’on nous diffuse, elles ne véhiculent plus rien, le J.T. se réduit presque à de la radio filmée.

 

Quel contre modèle défendez-vous ?

La réflexion est globale au sein des médias non marchands. Il faut arrêter avec cette hystérie de l’instantané. Doit-on vraiment produire autant d’information ? Posons-nous la question du sens… Notre credo, c’est la récupération du temps, un concept à la fois simple et merveilleux.  Encore une fois, nous n’avons pas les même impératifs que les télévisions traditionnelles, autant en profiter pour réfléchir, expérimenter, tenter de faire les choses autrement.

 

Mais concrètement, comment ce credo influence votre travail au quotidien ?

Zin TV veut contribuer au dialogue. Loin du monologue directif des journalistes, notre approche sur le terrain s’assimile à du documentaire. Pour reprendre l’exemple de la grève, les journalistes de Zin TV tenteront de saisir une conversation entre un syndicaliste et un étudiant en retard à son examen. Ce type de plan séquence permettra d’aborder les questions que tout le monde se pose avec des mots simples, un ressenti juste. Le trilogue émerge ensuite lorsque le téléspectateur réalise sa propre synthèse de l’actualité, se construit son opinion. Toute synthèse est subjective, tendre vers l’objectivité, c’est tendre vers le retranscrit du réel. Ensuite, l’enjeu est de susciter la participation active du téléspectateur.

 

L’audience vous suit ?

Nos reportages au plus proche de l’action récoltent des audiences considérables, parfois plus d’un million de vues. Nos équipes prennent le risque d’aller au front dénoncer des illégalités de procédures, des mauvais traitements dans les manifestations, des réunions de lobbies… Le public soutient cette audace. Mais nous apportons le même soin à tous nos sujets. Récemment, Zin TV traitait de la suppression de certaines lignes du TEC en milieu rural et des conséquences en termes d’isolement pour les personnes âgées et handicapées. Le sujet plafonne à 200 vues… mais on en est très fier ! Jamais notre rédaction ne transige sur sa ligne éditoriale en pensant aux clics !  

 

Comment financez-vous vos activités ?

Le « noyau dur » de notre équipe est constitué de 5 personnes. Après des années de prospection, nous avons obtenu quelques subsides ponctuels qui nous permettent tout juste de rémunérer une personne à mi-temps. C’est une situation très délicate. Heureusement, nous sommes logés gracieusement par une structure culturelle… flamande… mais si ce bail devait être remis en cause, tout notre projet serait en sursis. Le politique doit comprendre la nécessité qu’il y aujourd’hui à soutenir des médias comme le nôtre, les WebTV font partie du paysage audiovisuel, elles doivent être reconnues et soutenues lorsqu’elles remplissent des missions d’intérêt général. Pour nous, chercher des subsides, c’est toujours la crainte de perdre beaucoup de temps et d’énergie pour rien. Les guichets sont inadaptés. Il devrait exister un fonds de soutien comme pour les radios associatives. Si rien ne bouge, l’énergie de nombreux bénévoles passionnés de télévision finira par s’épuiser.

 

D’autant que gérer un portail vidéo, c’est aussi très contraignant…

Nous réfléchissons beaucoup à ce que doit être une WebTV non marchande en 2017. On voudrait développer la mise en valeur de nos contenus avec des recommandations automatiques. On voudrait aussi mieux utiliser les réseaux sociaux sans toutefois en devenir dépendant. S’il est évident que nous devons aller chercher l’internaute où il est, c’est-à-dire sur Facebook, notre volonté est de le ramener sur notre portail. En effet, les codes de production vidéo de Facebook ne cadrent pas avec notre philosophie : trop court, trop premier degré, trop muet… Un autre axe de réflexion, c’est l’archivage de nos productions, ce serait dommage que tout ce patrimoine disparaisse un jour. Mais tout cela coûte de l’argent…

 

Percevez-vous la reconnaissance du CSA comme une légitimité supplémentaire dans vos revendications ?

On a l’impression d’être moins livré à notre sort. Zin TV veut faire partie du paysage audiovisuel. Prêcher les intellectuels convaincus, c’est important, mais notre ambition est de sortir de notre sphère d’influence habituelle. Le plus important reste la reconnaissance du terrain, et de ce côté-là, on nous le rend bien… Et puis, le régulateur, c’est un allié sur d’autres enjeux qui concernent les médias d’internet : neutralité du web, respect de la vie privée… Il est d’ailleurs temps que quelqu’un nous protège contre les clauses abusives liées à l’utilisation de Facebook.

 

Un mot sur vos activités parallèles, votre association est aussi impliquée dans la formation ?

En effet, nous familiarisons les citoyens à l’outil audiovisuel de manière à ce qu’ils puissent s’impliquer directement dans notre programmation. Zin TV contribue également à la création d’autres médias, comme « Sans papier TV » que nous soutenons de différentes manières. Enfin, il nous arrive de partir en mission à l’étranger : Afrique, Amérique du Sud, où beaucoup de médias communautaires sont en voie de création.

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