Si on devait s’arrêter, il resterait quoi comme média belgo-africain ?

Source : https://www.facebook.com/belafrikamedia.asblRégulation | Régulation
  • Kodjo Degbey gère la plateforme « Bel’Afrika Media» depuis près de 10 ans.
  • En Belgique francophone, il est parmi les premiers à s’être lancé dans la télévision sur internet.
  • Son bilan est aujourd’hui mitigé : l’audience suit mais elle est difficile à monétiser. De plus, le subventionnement public parait hors d’atteinte pour une WebTV.

 

Quelques mots sur la genèse de « Bel’afrika Media » ?

J’ai appris les métiers de l’audiovisuel en Flandre, via plusieurs formations qui ont fait de moi un vidéaste autonome de la captation à la diffusion. Tout juste diplômé, j’ai eu l’opportunité de produire pour « TV Brussel » des capsules consacrées à la diaspora africaine. C’était les débuts de « Bel’Afrika » ! Les retours du public étaient excellents mais le projet n’a pas tenu faute de subsides. Moi, je voulais continuer… L’idée de lancer une WebTV paraissait un peu folle en 2009 mais c’était la meilleure manière de garantir une indépendance totale et de contourner les réticences des chaînes traditionnelles à collaborer avec un projet comme le nôtre. Tout est parti de là. Et le nom est resté comme une évidence.

Votre programmation est toujours conforme à l’ADN de service public des débuts ?

« Bel’Afrika Media » reste entièrement tourné vers la promotion de la culture et des initiatives citoyennes. Nous sommes un écho audiovisuel à la diaspora africaine dans sa diversité : agendas culturels, débats sur le vivre ensemble, présentation de projets positifs… Nous collaborons avec tout le monde. Notre WebTV se veut un trait d’union pour la communauté afro-européenne, entre valorisation des origines et opportunités offertes par le pays d’accueil. Nous recherchons en permanence ce que les composantes de la société belge peuvent s’apporter réciproquement.

Produisez-vous des programmes d’information ?

C’est une ambition car cela répond à un besoin réel de la diaspora. La couverture des élections communales de 2018 serait un beau défi. Mais tout est une question de moyens. Et nous en manquons cruellement…

Comment financez-vous vos activités ?

Franchement, ce n’est pas simple… Le marché publicitaire « belgo-africain » reste très instable car aucun média ne contribue à le structurer. C’est moins le cas pour les communautés marocaines ou turques, par exemples, qui bénéficient notamment de l’impact positif des radios communautaires reconnues en FM. Sur notre créneau, les annonceurs sont peu conscients des opportunités commerciales, la concurrence est donc féroce…  Pourtant, l’audience est bonne, regardez notre page Facebook ! Mais pour la monétiser, il faut stabiliser l’offre et la demande, attirer des annonceurs durablement.  Aujourd’hui, je peux plus me voiler la face, « Bel’Afrika Media » est mon activité professionnelle mais je suis quasi bénévole… Et si on venait à s’arrêter, il resterait quoi comme média belgo-africain ? C’est ça la diversité ?

Avez-vous cherché à obtenir des subsides publics ?

On nous envoie d’un guichet à l’autre depuis des années : la culture nous répond qu’on doit s’adresser aux médias, les médias à la cohésion sociale, la cohésion sociale à la culture… Au guichet suivant, on nous dit ne pas comprendre l’objet de notre demande… On nous conseille de tenter notre chance en éduction permanente… Bref, nous perdons beaucoup d’énergie en démarches et paperasses inutiles. Il n’existe pas de guichet pour les « nouveaux médias », pourtant pas si nouveau que ça… Nous remplissons des missions de service public à l’égard d’une composante de la société belge délaissée par les médias traditionnels, pourquoi n’existe-t-il pas une forme de reconnaissance de ce travail ?

Qu’avez-vous à l’esprit ?

Un subside structurel, pas grand-chose, de quoi payer nos frais généraux, le montant pourrait être proportionnel à l’intensité avec laquelle nous concrétisons des missions de service public… Je vois que le secteur des radios indépendantes bénéficie d’un système de redistribution, pourquoi pas nous ? Soyons créatifs ! Et je ne pense pas qu’à « Bel’Afrika Media », mais à d’autres projets audiovisuels de service public sur internet, qui doivent à mon sens se fédérer et revendiquer les moyens d’exister. Les pouvoirs publics doivent accompagner cette nouvelle expression de la diversité.

Comment vous projetez-vous à 5 ans ?

Je reste convaincu que le travail finit toujours par payer. « Bel’Afrika Media » progresse à tous les niveaux ! Enfin, sauf au niveau financier… Nous continuons à croire en notre cible et elle nous le rend en amour et en passion, à défaut d’argent… Je poursuis également la formation de stagiaires au sein de notre structure, une manière de rendre ce qu’on m’a donné. J’espère vraiment que notre situation et celle des autres WebTV pourra prochainement se stabiliser. « Bel’Afrika Media » est un portail audiovisuel sur internet alimenté en permanence depuis 2010, c’est quand même un beau gage de qualité et de persévérance.

Découvrez la Web TV Bel’Afrika 

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