Introduction
Publicités à la télévision, vidéos sponsorisées sur YouTube, posts d’influenceurs sur Instagram… Ces contenus font partie de notre quotidien. Mais qui les encadre ? Et comment s’assurer qu’ils respectent certaines règles ? C’est là qu’intervient la régulation de la communication commerciale.
Ce dossier vous propose une plongée dans les mécanismes qui encadrent ces messages publicitaires, les acteurs impliqués, les règles en vigueur et les défis posés par les nouvelles pratiques numériques.
1. Qu’est-ce que la communication commerciale ?
La communication commerciale désigne tout message conçu pour promouvoir ou vendre un produit, un service ou l’image d’une entreprise ou d’une personne exerçant une activité économique. Ces messages sont insérés dans un service de médias audiovisuels ou dans un service de partage de vidéos moyennant paiement ou une autre contrepartie, ou à des fins d’autopromotion.
Les principales formes de communication commerciale sont :
- Publicité : message inséré contre rémunération au sein d’un tunnel publicitaire.
- Parrainage : soutien financier à un programme en échange de visibilité.
- Placement de produit : intégration d’un produit ou d’une marque dans un programme.
- Télé-achat : offre directe de vente dans un programme.
- Autopromotion : promotion par un éditeur de ses propres contenus.
- Publicité ciblée : messages personnalisés selon les données personnelles.
- Publicité virtuelle : ajout numérique d’une publicité dans une image.
- Écran partagé : diffusion simultanée d’un programme et d’un message publicitaire.
2. Qui fait quoi ? Les acteurs de la chaîne publicitaire
Derrière chaque message publicitaire, une chaîne d’acteurs intervient :
- Les annonceurs : entreprises ou organisations qui souhaitent promouvoir leurs produits ou services.
- Les agences de publicité : elles conçoivent les campagnes, rédigent les messages et choisissent les canaux de diffusion. Avec la montée en puissance du numérique, certaines agences se sont spécialisées dans le marketing digital, la gestion des campagnes programmatiques, ou encore l’analyse des données d’audience.
- Les éditeurs de médias : chaînes TV, radios, plateformes vidéo, créateurs de contenus… Ils diffusent les publicités et proposent des formats spécifiques.
- Les plateformes numériques : YouTube, Instagram, TikTok, Facebook… Elles diffusent également les publicités et permettent un ciblage précis et une diffusion massive.
Les nouveaux acteurs du numérique jouent en effet un rôle croissant dans l’écosystème publicitaire. Il s’agit notamment des places de marché publicitaires (comme Google Ads ou Meta Ads Manager), qui automatisent l’achat et la vente d’espaces publicitaires, ainsi que des systèmes de vente en temps réel (real-time bidding), qui permettent de diffuser des publicités ciblées en quelques millisecondes, en fonction du profil de l’utilisateur et du contexte de navigation. Ces technologies transforment profondément les logiques de diffusion et de monétisation des contenus.
- Les régies publicitaires : elles vendent les espaces publicitaires et optimisent leur placement. Elles sont actuellement confrontées à la concurrence des nouveaux acteurs numériques et doivent s’adapter à une nouvelle logique de marché, où la performance et le ciblage priment sur la relation commerciale classique.
3. Qui veille au respect des règles ?
Les autorités de régulation et d’autorégulation :
- Le SPF Économie : En tant qu’administration fédérale, le SPF Économie encadre les pratiques commerciales déloyales envers les consommateurs ainsi que les communications commerciales trompeuses ou agressives, y compris la publicité.
- JEP (Jury d’Éthique Publicitaire) : le Jury d’Ethique Publicitaire est l’organe d’autorégulation du secteur de la publicité en Belgique dont la mission est de veiller au caractère correct et loyal des messages publicitaires à l’égard du public.
- Conseil de la publicité : Le Conseil de la Publicité regroupe les différentes professions publicitaires, qui sont à leur tour représentées par leurs associations respectives. Le Conseil défend les intérêts de l’écosystème publicitaire en Belgique et mise sur l’autodiscipline afin de garantir une publicité éthique, responsable et digne de confiance.
Et le CSA dans tout ça ? Le CSA est l’autorité de régulation des médias audiovisuels en Fédération Wallonie-Bruxelles. Il est compétent pour contrôler le respect des règles publicitaires contenues dans le décret coordonné sur les médias audiovisuels du 4 février 2021 et le contrat de gestion de la RTBF, que ce soit en télévision, en radio, ou sur les plateformes de partage de vidéo. Le CSA ne contrôle pas le contenu des publicités, sauf en cas d’atteinte à la dignité humaine, de discrimination ou de mise en danger des mineurs. Les autres plaintes relèvent du JEP.
Outre le contrôle du respect des règles par les éditeurs et les créateurs de contenus, le CSA émet des recommandations et des codes de conduite et intervient en cas de non-respect (sanctions, demandes de correction).
Cependant, comme nous l’avons vu, le CSA ne régule pas tous les aspects de la communication commerciale ; certaines matières relèvent d’autres autorités ou de mécanismes d’autorégulation : Par exemples :
- La publicité pour les boissons alcoolisées fait l’objet d’un code d’autorégulation mis en place par le secteur lui-même, en complément des règles décrétales.
- La publicité pour les jeux de hasard est encadrée par un arrêté spécifique adopté en 2023 et relève de la compétence de la Commission des Jeux de Hasard.
4. Les principes fondamentaux
La communication commerciale est encadrée par le décret du 4 février 2021. Elle doit respecter :
- La dignité humaine et les droits fondamentaux
- Le respect des lois, des droits de propriété intellectuelle et des droits à l’image
- La protection des mineurs, au travers de règles spécifiques telles que:
- Pas d’exploitation de leur crédulité ou de leur confiance envers les adultes.
- Pas d’incitation à influencer leurs parents pour acheter.
- Pas de mise en scène dangereuse ou trompeuse.
- L’identification et la séparation : le public doit pouvoir identifier clairement ce qui est une publicité. La transparence est essentielle. La publicité ne doit pas être clandestine ni recourir à des techniques subliminales.
- L’indépendance éditoriale : les annonceurs ne peuvent pas influencer le contenu des programmes.
- La protection de la santé, de la sécurité et de l’environnement
- L’interdiction de promouvoir des croyances religieuses ou philosophiques
5. Quelles règles pour quels médias ?
| Règle | Télévision | Radio | Services non linéaires | Plateformes / Réseaux sociaux |
| Identification claire | Obligatoire (optique/acoustique) | Obligatoire | Obligatoire | Obligatoire, y compris pour les contenus créés par les utilisateurs |
| Durée maximale | 12 min/h (20%) | 12 min/h (20%) | 20% de la durée du programme | 20% si la plateforme le permet |
| Programmes interdits à la publicité | JT, programmes pour enfants, cérémonies religieuses | Idem + art lyrique/dramatique | Mêmes règles que pour les services linéaires | Non spécifiée |
| Placement de produit | Autorisé sauf JT, programmes pour enfants, religieux ; identification obligatoire | Non applicable | Mêmes règles que pour les services linéaires | Autorisé ; identification obligatoire |
| Parrainage | Autorisé sauf JT et programmes pour enfants ; identification obligatoire | — | — | — |
| Télé-achat | Sous conditions ; interdit aux mineurs ; pas de spots isolés | Idem | Idem | Idem |
| Produits interdits | Alcool (sauf exceptions), tabac, armes, glyphosate, médicaments, produits dangereux | Idem | Idem | Idem |
Conformément aux termes de son contrat de gestion, la RTBF limite la publicité à 6 minutes par heure et interdit toute communication commerciale autour des programmes pour enfants. Elle s’engage aussi à proposer 15% de publicités “durables” sur AUVIO dès 2025.
6. Enjeux et perspectives
Avec l’essor des réseaux sociaux, des influenceurs et des algorithmes, de nouveaux défis apparaissent :
- Identification des contenus sponsorisés : comment s’assurer que les utilisateurs savent qu’il s’agit de publicité ?
- Protection des mineurs et éducation aux médias : comment les aider à reconnaître les messages publicitaires ?
- Coordination entre régulation et autorégulation : comment articuler les rôles du CSA, des autres régulateurs, du JEP et des acteurs privés ?
Ce dossier vise à approfondir la compréhension de l’écosystème publicitaire en Fédération Wallonie-Bruxelles, en mettant en lumière les multiples facettes de la communication commerciale : ses formes, ses acteurs, ses règles et ses enjeux. Au-delà des aspects techniques et réglementaires, il invite à réfléchir aux défis éthiques, créatifs et environnementaux que soulève l’évolution rapide des pratiques publicitaires, notamment dans les environnements numériques. Il souligne également l’importance d’une régulation adaptée, capable de dialoguer avec les mécanismes d’autorégulation et de répondre aux attentes du public en matière de transparence, de protection et de responsabilité.

