« Au département Corporate Affairs, nous sommes un peu les gardiens du temple »

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A la veille de la période électorale, nous avons eu l’occasion de nous entretenir avec Laurence Vandenbrouck (General Counsel) et Pauline Steghers (Regulatory Affairs Officer) du département “Corporate Affairs – Corporate Social Responsibility” de RTL Belgium.

Toutes deux préparaient le dispositif de leurs médias en collaboration avec leur rédaction. Nous avons voulu savoir comment un groupe tel que le leur abordait cette période importante de la vie démocratique.

RTL est un média 360 (TV, radio, replay, réseaux sociaux) comment un groupe comme le vôtre, avec des publics très variés, se prépare à une couverture électorale et comment rédige-t-il son dispositif?

De notre point de vue, en tant que leader en Communauté française, nous voulons proposer le meilleur contenu et toucher le plus grand nombre.

Sur le fond, les programmes électoraux seront efficaces et surtout compréhensibles et sur la forme, nous allons diversifier les formats pour l’ensemble des plateformes de diffusion. Notre objectif est de proposer des interviews, des débats, des entretiens dans une diversité de formats et avec un rayonnement qui va de la télé traditionnelle aux réseaux sociaux, en passant par la radio, le digital et le tout dans une approche 360.

L’approche 360 chez nous ne se fait pas qu’au niveau de la diffusion des contenus mais aussi dans notre fonctionnement interne puisque notre département Corporate Affairs travaille main dans la main avec la rédaction pour le respect de ce cadre réglementaire qu’est le règlement élections, tout en leur garantissant leur indépendance journalistique.

Cette année encore, RTL veut être novatrice. C’est vraiment dans notre ADN. Le débat politique est très institutionnalisé ce qui le rend parfois abscons et difficile d’accès pour le public. On va donc proposer des choses un peu différentes et oser de nouveaux formats pour le rendre attractif.

Nous avons le souci de clarifier et de vulgariser les grands enjeux politiques tels par exemple le pouvoir d’achat, la lutte contre la criminalité, l’environnement, la qualité du système scolaire, les soins de santé, etc…

Bien que ces sujets ne soient pas très originaux, car attendus par le public, nos formats qui leur seront consacrés le seront pour que ces thématiques soient plus proches des citoyens.

Vous avez des publics différents en fonction de vos différents canaux (TV, radios, réseaux sociaux, etc…) Est-ce que la réflexion est la même pour tous vos médias ou est-ce que vous devez tenir compte de ces différences ?

L’objectif est commun pour tous ces médias : avoir des contenus les plus efficaces, et compréhensibles mais en fonction de chacun de ces publics. Le socle de base, l’information, est la même mais le traitement est différent et décliné à travers tous ces différents types de média.

Nous aurons par exemple un accent particulier qui sera mis sur les réseaux sociaux, notamment à destination des primo votants dont on sait qu’ils sont plus friands de ce type de médias que de la télévision traditionnelle.

Le changement de format du rdv politique dominical a étonné, parfois inquiété la presse puisque dans un premier temps elle croyait voir disparaitre de vos antennes ce type de programme. Quand on est un média comme RTL TVi quels sont les paramètres qui sont à prendre en compte pour le développement d’un format d’un programme politique ?

Nous avons surtout senti une nécessité de changer de rythme. C’est un programme qui était inscrit dans notre grille depuis très longtemps et nous sommes un des derniers à avoir ce type de rendez-vous dominical. Mais pour nous, c’est une tribune qu’il était important de conserver pour pouvoir continuer de débattre de sujets de société.

Nous avons donc changé la manière d’amener les choses avec un rythme un peu différent.

Est ce que cette réflexion qui a dû avoir lieu sur ce programme a été aussi intégrée pour les programmes que vous proposerez pendant la période électorale ?

Ce changement de rythme permet de dépoussiérer un peu l’image du débat politique. Et c’est cette logique qui a été utilisée dernièrement pour l’émission « Le débat des Présidents »[1] qui était d’un tout autre style de ce que nous avions pu organiser auparavant.

Grâce à ce changement de rythme, les participants ont eu plus de temps pour exprimer clairement leur point de vue et c’était un réel débat d’idées et moins des échanges conflictuels.

Aujourd’hui, l’objectif de RTL est d’arriver à remettre la politique dans l’ordre des choses. Selon nous, les politiques ont un message à délivrer. Laissons-leur du temps pour le faire correctement et ne tentons pas d’entrer dans des polémiques qui pourraient pourtant faire le buzz.

Ces messages doivent être entendus pour aider les téléspectateurs à se forger leur opinion et que cela puisse se refléter dans leurs préférences de vote.

Par le passé, nous avons pu percevoir dans vos dispositifs électoraux et dans vos programmes une recherche d’une certaine créativité dans votre volonté de couvrir la période électorale. Est-ce que ces élections vont déroger à la règle ? Et comment joindre l’innovation au respect des principes du règlement ?

Parfois, le caractère novateur est simplement dans la façon de présenter les choses mais cette fois-ci encore nous aurons certains contenus plus animés, parfois plus décalés pour rendre aussi ces questions politiques plus sympathiques.

L’originalité viendra notamment par une approche graphique mais aussi par le traitement des sujets.

Il est vrai que nous avons dû essuyer les plâtres de certaines tentatives du passé qui n’ont pas été appréciées à leur juste valeur, selon nous, par le CSA. Il est vrai qu’il y a des règles et qu’il faut pouvoir s’y plier mais en essayant d’être innovant, on pousse parfois un peu ce cadre réglementaire.

Nous essayons de faire avancer les choses. Nous sommes dans un monde médiatique qui évolue en permanence notamment au niveau des attentes du public. Les propositions doivent donc être plus innovantes.

Néanmoins, un des principes du règlement qui sera difficile à mettre en œuvre est la parité hommes femmes. C’est un enjeu qui nous tient particulièrement à cœur et qui alimente nos réflexions mais nous ne pouvons pas rendre compte d’un paysage politique différent de celui qui existe aujourd’hui. C’est une réalité que nous déplorons mais qui est là.

Nous ne pourrons pas mettre plus de femmes à l’antenne que celles présentes dans les partis en termes de présidence ou en termes de candidates sur les listes mais on essaie tout de même de pousser en ce sens.

Est-ce que vous repartez d’une page blanche ou est-ce les élections précédentes vous ont apporté des enseignements, des points d’attention pour celle-ci ?

Par le passé, comme je l’ai évoqué, nous avons tenté des choses qui n’ont malheureusement pas reçu l’accueil qu’on attendait du CSA.

Nous aimons bien pousser les lignes et être innovants mais ce n’est pas toujours facile avec le règlement élections qui n’est pas strict en tant que tel mais assez contraignant.

Nous en comprenons très bien les raisons, mais devons naviguer au milieu de ces contraintes pour développer nos programmes électoraux .

Au département Corporate Affairs, nous sommes un peu les gardiens du temple, du cadre. C’est notamment le rôle de Pauline Steghers, au sein de mon département, qui fait ça en bonne intelligence. Elle balise le cadre du règlement, mais laisse la rédaction s’y défouler avec toute leur créativité.

Nous fonctionnons avec des systèmes de brainstorming et nos équipes ont des idées à la minute et parfois très innovantes. Si ces idées restent dans le cadre, alors ils les testent et font des versions betas pour voir si ça marche avec notamment des jeunes journalistes qui ont une autre patte, une autre manière d’aborder la politique.

C’est de cette manière que nous essayons d’allier la créativité au cadre règlementaire. Peut-être que cette année encore ces lignes seront poussées et que le CSA ne sera pas tout à fait en accord avec ce que nous aurons produit. Dans ce cas, nous saurons aussi en tirer les conséquences.

Mais je pense que sincèrement, quand on voit la perception qu’a le public aujourd’hui de la politique, les élections sont l’occasion de donner une autre image de l’homme ou de la femme politique et RTL à assurément un rôle à jouer à ce niveau-là.


[1] Le débat des présidents, diffusé le 16 janvier 2024 sur RTL tvi

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