Natacha Delvallée est administratrice déléguée chez RMP SA (Sud Radio) depuis 27 ans. Elle connait comme sa poche les problématiques des médias locaux, et plus spécifiquement celles des radios provinciales. Régie publicitaire, radio numérique… Il faut se faire une place.
En quoi les radios provinciales contribuent-elles au pluralisme ?
Par définition, une radio provinciale émet un programme qui est dédié principalement à une province. Par exemple, dans le cas de Sud Radio, notre rédaction basée à Mons dans le Hainaut se concentre sur l’actualité locale et provinciale. Dans un journal parlé, on peut très bien commencer par une information locale ou provinciale en fonction de sa pertinence puis parler d’une information nationale ou encore internationale. Ce qui n’est pas le cas dans les radios nationales.
Toutes nos spécificités participent au pluralisme, depuis l’agenda provincial, en passant par le journal des régions, la mise en avant du patrimoine, de la culture, du folklore hainuyers ainsi que des artistes de la communauté française… Et puis, notre plus-value est sans conteste, notre présence sur le terrain. Les radios provinciales sont là où les gens sont ! Les dernières manifestations en date l’illustrent bien,du concert du doudou au cours duquel Sud Radio rassemble plus de 30.000 personnes sur la Grand-Place de Mons,en passant par Tournai en fête qui a rassemblé plus de 15.000 personnes ou encore le jogging la Louvière où prés de 4.000 personnes ont pris le départ.
Avec les décrochages, on peut donner une info service pour une zone spécifique. On peut décrocher zone par zone. Ainsi, Sud Radio décroche sur 6 zones dans le Hainaut. Maximum Fm en a 4, Antipode 3 et Must Fm 4. L’avenir de la radio est lié à la proximité. L’auditeur se branche pour ce qui va avoir lieu tout près de chez lui. Et ces décrochages ont aussi leur importance pour faire de la pub ciblée, les annonceurs locaux ciblent une ville et non une province ou encore un pays.
L’accès au marché publicitaire reste problématique pour les radios provinciales ?
Malheureusement, c’est difficile. On s’est construits avec la publicité locale, c’est une ressource vitale pour nos radios mais insuffisante. On a besoin d’un accès à la publicité nationale. Le souci majeur des réseaux provinciaux est que nous sommes face à un duopole, deux grosses régies IP et RMB. Quand IP a décidé de prendre en régie Must Fm et Maximum Fm, on a pris la balle au bond chez Sud Radio et Antipode. On a pu en profiter pour donner un électrochoc à la RMB et voir s’ils étaient prêts à accueillir des radios provinciales. Ce qu’ils ont fait. Il serait vraiment nécessaire que le législateur mette en place un système clair et égalitaire pour un accès facilité au marché publicitaire national. Nous avons les mêmes obligations que les radios nationales mais pas l’accès aux mêmes ressources.
Quel est votre positionnement dans ce contexte de changement lié au pluralisme des médias ?
Notre position est la même que celle des réseaux privés. Quand on voit les libertés qui sont données à la RTBF, les moyens mis à leur disposition que ce soit avec l’octroi de 5 réseaux nationaux en radio ou les moyens financiers grâce aux subsides et à l’accés en plus à la publicité, cela crée des frustrations chez les autres acteurs. Nous sommes dans une situation du 2 poids 2 mesures et on ne peut pas accepter cela. Oui, il faut évidemment un pluralisme, un pluralisme structurel qui offre les mêmes chances à chaque acteur en présence, quelle que soit sa taille.
Avec le nouveau plan de fréquences qui doit arriver dans un futur plus ou moins proche, de nouveaux acteurs arrivent avec de nouveaux projets. Et là, il me paraît nécessaire de prendre pour principal critère l’historicité. Nous sommes dans le domaine de la radio depuis 1981, Sud Radio a été créé en 1999 et nous avons obtenu le réseau provincial du Hainaut en 2008. Quand on a pris part au plan de fréquences il y a neuf ans, nous n’avons pas investi juste pour neuf ans. Notre modèle économique est construit sur le long terme.
A partir du moment où nous sommes là depuis longtemps et que nous avons rempli toutes les conditions liées au son cahier des charges correctement, les critères à prendre en considération dans les débats doivent être l’historicité, clairement, le respect des engagements pris lors de l’attribution, le pluralisme, la diversité avec l’ancrage local et provincial, etc.
Notre crainte c’est de voir s’implanter un candidat venu de l’hexagone ou d’ailleurs, un nouvel entrant quelconque qui viendrait, au détriment d’une autre radio bien implantée chez nous, en place depuis des années et ayant basé son activité économique sur la radio.
Enfin, par rapport au déploiement prochain de la radio numérique, il nous parait important de pouvoir couvrir la même zone qu’actuellement, c’est-à-dire les blocs provinciaux et les sous zones (décrochages). Nous sommes allés défendre ce point de vue à la Commission en charge des médias au parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Nous tenons à garder cette proximité qui fait notre spécificité. Et donc pérenniser le pluralisme des médias.

