Quelle est la position du groupe RTL sur le pluralisme et l’indépendance des médias ? Pour répondre à cette question, Laurence Vandenbrouck nous accueille avec un dossier conséquent sous le bras, des schémas en tout genre et des textes juridiques soigneusement compilés sous la forme de tableaux dans un A3 qu’elle dispose sur la table.Laurence est une figure incontournable de RTL Belgium lorsqu’on aborde les questions de pluralisme des médias. Secrétaire Générale en charge des affaires publiques & juridiques et Présidente du Comité d’éthique, elle incarne la vision d’un groupe puissant et ambitieux à l’intérieur du paysage audiovisuel en Fédération Wallonie-Bruxelles. Entre l’histoire de la régulation du pluralisme des médias qu’elle maitrise parfaitement, les projets futurs de son groupe et l’interprétation qu’elle nous livre du pluralisme et de l’indépendance des médias sur notre territoire, Laurence souligne la nécessité pour les médias de disposer d’une structure forte et de moyens financiers conséquents pour fournir aux consommateur(trice)s de médias des services de qualité et variés. Eclairage…
L’une des grandes questions fondamentales du pluralisme des médias est de savoir si le pluralisme structurel, à savoir, le fait d’avoir des structures médiatiques séparées qui n’appartiennent pas au même groupe, est une condition essentielle pour garantir le pluralisme et l’indépendance des rédactions.
La manière dont est composé le paysage médiatique actuel prouve que le pluralisme de l’information et des contenus des médias n’est pas influencé par les structures qui les détiennent. Lorsque vous vous informez sur la DH ou sur la Libre, vous avez des informations clairement séparées qui s’adressent à des publics très différents. Pourtant, c’est le même groupe qui détient ces services. C’est pareil pour la RTBF, qui détient cinq radios. Chez nous, Bel RTL, Radio Contact et Mint ont chacune une approche, un ton et une couleur différents. En réalité, notre paysage est largement construit sur des services variés qui appartiennent à quelques groupes. Il ne faut pas se voiler la face, l’indépendance structurelle est une chose, mais il faut aussi prendre en compte les réalités économiques des acteurs qui implique une toute autre approche.
C’est-à-dire ?
Il ne faut pas se leurrer, une radio privée, c’est d’abord un projet d’investissement qui doit être rentable. Lorsqu’on investit dans un tel projet, il faut une assise financière solide, car le projet ne sera pas rentable tout de suite. La radio doit d’abord faire ses preuves avant d’être reprise dans la mesure d’audience du CIM pour enfin intégrer une régie et monétiser son audience. Lorsque le projet « doit » être rentable, la radio a intérêt à se diversifier et à toucher une certaine audience. Cela signifie que, quel que soit la personne ou le groupe qui détient une radio et le nombre de services qu’elle détient, cette personne va toujours chercher à se différencier des autres et donc produire une offre diversifiée pour des raisons économiques. J’ajouterai que, en termes d’information, le décret prévoit différentes obligations qui sont autant des gardes fous permettant de garantir le pluralisme à l’intérieur d’une même structure.Mais tout de même, un groupe, c’est aussi une vision, une approche. Les frontières entre les rédactions peuvent être perméables. N’y a-t-il pas un risque sur l’indépendance des services ?
Le journaliste en tant que professionnel est soumis à un code de déontologie et est par ailleurs soumis à un règlement d’ordre intérieur. Chaque rédaction dispose d’une ligne éditoriale séparée des autres. Les rédactions de Bel RTL et de Radio Contact sont d’ailleurs situées à des endroits différents. C’est assez curieux de voir que le débat relatif à la séparation des éditions n’est pas vraiment appliqué à la RTBF dans son projet de rassembler toutes les rédactions. Un autre exemple qui montre bien que la presse est libre, et dès lors que chacun de nos services est libre, ce sont les différents titres de presse écrite qui n’hésitent pas à nous tacler alors qu’ils sont nos actionnaires. Lorsqu’un service se diversifie pour toucher une audience spécifique, il doit disposer d’une liberté rédactionnelle nécessaire.
Le secteur radio se porte bien et se trouve même en progression du point de vue des revenus publicitaire qu’il génère. Ne peut-on pas contenter plusieurs groupes à l’intérieur du paysage ?
Le problème est que le gâteau publicitaire n’est pas extensible. Celui-ci est réduit pour le secteur privé par la fourchette de plus en plus importante de la RTBF. Le service public se rapproche clairement des segments commerciaux. Vivacité, la Première sont un copié collé de Bel RTL sur les segments qu’elles cherchent à atteindre. Il n’y a presque plus de différence. La stratégie du service public est payante, mais le secteur privé, dont les seuls revenus sont issus de la publicité, voit sa part du gâteau se réduire toujours davantage.
En d’autres termes, vous constatez une concentration de l’offre radio en Fédération Wallonie-Bruxelles, y compris pour le service public ?
Bien entendu, les radios se ressemblent nettement plus. Il y a eu une concentration de l’offre sur des segments qui sont tout à fait commerciaux. Est-ce que c’est lié au fait qu’il y ait plus ou moins d’acteurs ? Je ne pense pas. Mais aujourd’hui, ce que cela montre, c’est que les radios essayent de se positionner sur les mêmes créneaux commerciaux. Y compris le service public, ce qui est à mon sens problématique. Malgré l’importance que représente la sauvegarde du pluralisme, on se dirige vers une concentration. Pour moi, à côté du service public dont toucher les publics les plus larges fait partie des missions, seuls les grands groupes peuvent vraiment se diversifier vers des créneaux qui sont compliqués d’un point de vue commercial. Il faut avoir l’appui d’un groupe qui accepte d’être déficitaire au départ. Seuls les acteurs importants peuvent avoir suffisamment de poids pour prendre des risques et aller chercher l’audience ailleurs pour les monétiser par la suite. C’est une réalité, pour produire une offre médiatique riche et variée, il faut une base financière solide qu’un grand groupe peut offrir.Est-ce que le pluralisme a été trop régulé en FWB ?
Le pluralisme est un pilier de la démocratie qu’il faut préserver. Mais ses bases ont évolué en FWB comme partout ailleurs. Le pluralisme structurel n’a pas toujours existé chez nous et sa définition même a largement évolué en fonction, notamment, des réalités du terrain et des acteurs qui le composent. Le législateur a toujours réagi en fonction de la réalité du secteur qui est aussi le seul à avoir innové.
À l’origine, le pluralisme, tel que nous l’entendions était essentiellement culturel. Ce que je désire souligner ici, c’est que la finalité ultime du pluralisme est de permettre aux consommateur(trice)s d’avoir accès à une offre « plurielle ». Pour moi, le pluralisme structurel peut être un « moyen » pour parvenir au pluralisme de l’offre, il n’est pas un « objectif » en soi. Si une série de balises sont mises en œuvre pour s’assurer qu’un seul groupe diffuse une offre variée, le résultat est le même.
La fin du pluralisme structurel représente un risque pour la diversification de notre paysage. Quel est votre solution pour que le secteur reste diversifié, concurrentiel et dynamique ?
Il faut que tout le monde soit concerné dans les projets de réforme qui vont impacter le secteur. Il y a le contrat de gestion pour la RTBF d’un côté et le plan de fréquences de l’autre. Avec la quantité de services que l’opérateur public propose, il y a un risque de distorsion de concurrence. Je comprends que la RTBF doit être forte et toucher une large audience, mais il faut aussi veiller au secteur privé. Pour la radio, je pense qu’il est possible de mieux répartir les fréquences et il est surtout impératif d’offrir au privé des fréquences de même qualité que celles dont dispose le service public.
Sur la FM, techniquement, il y a des solutions sans devoir passer par un choix de services au détriment d’un autre. Quand on regarde les normes de protection entre les différentes fréquences, le service public veut absolument préserver les 400 Mhz entre les fréquences. Du côté des privés, on est à 300 Mhz. Si on diminuait cette norme à 300, on donnerait de l’oxygène sur la bande FM ce qui ouvrirait le spectre à davantage d’opérateurs privés. Avec le DAB+, les places vont se libérer et la question se posera moins.
En ce qui concerne l’importance pour les plus petites radios de survivre, notamment dans leur passage au DAB, je pense que la réflexion doit surtout se porter sur leur soutien financier. Le Gouvernement doit pouvoir assurer un fond de soutien à ce secteur et, pourquoi pas, les plus gros groupes pourraient y contribuer…

